L’exil

Serge Fiori

Tout change
Et tout me dérange
J’nous reconnais plus

Les murs tremblent
Y’a plus rien qui m’ressemble
Même le nom de ma rue

Dis-moi dis-moi à quel âge
J’vais pouvoir voler
D’un centième étage
Où est-ce qu’il est le nord
Quand tu r’gardes dehors L
e monde s’endort… s’endort… s’endort
J’vois des lignes aux creux d’nos mains
Qui ne servent plus à rien
Des signes au fond d’la peau
Qui en disent un peu trop
Puis, j’vois la fin encore plus sûre
Par un coup d’poing dans le mur
J’vais juste être bien
Quand j’vais me r’trouver tout nu
Au creux de mon lit, caché ben loin
Au fond de mon appartement

J’ai moins peur du ciment
C’est bon d’entendre marcher
Quelqu’un sur l’autre plancher

Tout penche
Y’a trop de monde sur la même branche
C’est contre la nature

Ma rue est sombre
L’amour se tient à l’ombre
Pour cacher sa blessure

Dis-moi dis-moi vers quel abri
J’vais pouvoir voler
Comme tu voles mon pays

Une cage
Cache ton visage
Le monde le monde m’enrage

Des lignes froides comme du béton
Se croisent à l’horizon
Des signes enfouis sous le gel
L’amour est parallèle
Puis j’vois l’exil encore moins sûr
J’prends mon élan, puis j’rentre dans le mur
Tout tient comme sur un fil Les dos tournés pour fin d’journée

La peur tombe sur ma ville
Comme dans un vieil asile
Tout l’monde s’entend craquer
Les murs vont débarquer
La peur tombe sur ma ville

Ça déborde
Tout le monde tire sa corde
C’est fragile
De marcher sur un fil

C’est tragique
Finir dans un cirque
C’est mortel
Suivre un carrousel

Bien accrochés à nos parapluies
Y’en a qui marchent, d’autres qui s’ennuient
C’est juste en tombant
Qu’on partage le même cri

C’est comme si tout le monde payait sa place
Pour voir chacun d’en haut perdre la face
Quand le show est fini
J’tombe toujours en bas du lit

C’est blessant
Vivre en noir et blanc
Quand t’as le coeur
Rempli de couleurs

C’est étrange
L’orchestre se mélange
C’est une parade
Tout le monde est malade

Ben caché sous nos parapluies
Y’en a qui foncent, d’autres qui s’enfuient
Tomber de si haut
On fait tous le même bruit

C’est comme marcher au-dessus d’un abîme
En bas, la foule demeure anonyme
Me reconnaissez-vous?
C’est moi, le criss de fou
Qui marche sur la ville

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